dimanche 27 juin 2010

Coups de pied dans les styles martiaux - Maître Henry Plée

"...les coups de pied ne sont pas aussi efficaces dans un combat violent sans règles que vous pourriez le penser. C'est si vrai qu'au Shaolin, ils étaient peu utilisés et jamais au-dessus de la ceinture. Oui, je sais, il a été dit le contraire ("pied en Chine du nord, poing en Chine du sud") mais la désinformation est faite pour vous faire prendre les vessies pour des lanternes chinoises. En vérité, les styles chinois les plus martiaux et également ceux japonais ou okinawaïens, attaquent rarement du pied plus haut que la ceinture, ce qui suffit pour atteindre les jambes, le bas-ventre, le ventre, les flancs, le foie, les reins, ou les basses-côtes."
Extrait d'une chronique de Maître Henry Plée (Karate Bushido janvier 2007).

dimanche 20 juin 2010

Tonfa

Kata Yaraguwa non tonfa par Nakamori.

dimanche 13 juin 2010

Histoire du Japon et des Japonais

"Il était plus facile de se débarrasser des daimyo que d'abolir les privilèges des samouraï. Représentant environ 6% de la population totale, ces derniers formaient une puissante classe de notables qui avait monopolisé successivement le pouvoir militaire, l'autorité politique et l'influence intellectuelle. Ils possédaient collectivement une appréciable fortune transmissible par héritage, même si individuellement ils devaient souvent se contenter de revenus misérables. Le clan Choshu est le premier à porter atteinte au statut des samouraï. Au début de 1873, le nouveau gouvernement se sent suffisamment assuré de son  pouvoir pour instituer le service militaire universel, réforme plus audacieuse encore que toutes les précedentes. Sous la férule de jeunes officiers d'élite comme Yamagata du clan Choshu, une armée de paysans est recrutée et organisée sur le modèle français d'abord, puis sur le modèle allemand. (...) En 1876, les samouraï doivent renoncer à porter le sabre qui a été jusqu'alors le signe distinctif de leur statut privilégié."
Histoire du Japon et des Japonais de Edwin O. Reischauer, aux éditions Points Histoire (format poche, deux tomes).

dimanche 30 mai 2010

Le Maître de Thé

"De quinze à trente ans, suivre aveuglément toutes les instructions du Maître. De trente à quarante ans, en revanche, il convient de réfléchir et d'arriver soi-même aux bonnes décisions. De quarante à cinquante ans, il faut prendre le contrepied du Maître, afin de trouver son propre style et d'être digne d'être appelé Maître à son tour : "Renouveler la Voie du Thé !". De cinquante à soixante ans, refaire en tout point ce que le Maître faisait (jusqu'au simple geste de transvaser l'eau d'un récipient dans un autre). Prendre exemple sur tous les Maîtres. A soixante-dix ans, tenter d'atteindre à la maîtrise de la cérémonie...".
Le Maître de Thé, roman de Yasushi Inoué.

Mes remerciements à François.

mardi 18 mai 2010

Kumite Kanazawa vs Enoeda

Séance de kumite entre les maîtres Kanazawa Hirokazu et Enoeda Kenosuke, dans les années soixante probablement.

jeudi 13 mai 2010

La Cible en Soi - Kyudo

"Tokyo, avril 1963. Le palais de Sa Majesté l'Empereur Hirohito. Pour la première fois, une caméra pénètre dans le stand des archers de la garde impériale, mais ici, la pratique du tir à l'arc n'est pas un sport, dont l'objectif mesquin serait de toucher la cible. L'art chevaleresque du tir à l'arc est une cérémonie qui interprète la grande doctrine, le Zen. Le maître archer Suzuki démontre le rituel de cet art sans art. Dans la pratique Zen, le tir à l'arc est un exercice spirituel qui permet à l'homme de livrer un combat profond et à longue portée contre lui-même."
La Cible en Soi, film de Jean-Jacques Lagrange. Un document historique, filmé par un grand réalisateur.

samedi 8 mai 2010

Après la pluie, film de Koizumi Takashi sur un scénario de Kurozawa Akira

Misawa Ihei, samouraï sans maître, est bloqué par la pluie dans une auberge, en compagnie de son épouse Tayo et de nombreux voyageurs empêchés comme lui de traverser le fleuve. Animé par la compassion envers les êtres, il décide de participer à des duels primés - malgré le déshonneur de se battre pour de l'argent - afin d'offrir à ses compagnons d'infortune un dîner copieux.
Misawa excelle dans l'art du sabre, pourtant il est en proie au doute de lui-même, n'ayant jamais réussi à se fixer dans un fief au service d'un seigneur. Le daimyo local envisage de le recruter comme maître d'armes et le convie à démontrer ses talents de combattant.
Cette rencontre sera l'occasion pour lui et son épouse de comprendre quelle voie il doit suivre. Le renoncement aux conventions lui permettra de devenir son propre maître et de vivre en homme libre.
Après la pluie (Ame agaru) est un film japonais réalisé par Takashi Koizumi en 1999. Le scénario est de Akira Kurozawa.
Mes remerciements à Pierre-Antoine pour m'avoir fait découvrir "Après la pluie".

dimanche 25 avril 2010

Sakumoto Senseï - Kata Anan

Sakumoto Senseï enseigne le style Ryuei-ryu, karate d'Okinawa.

dimanche 18 avril 2010

Senseï Kase - Kata Chinte

Maître Kase Taiji exécute le kata Chinte en 1973. Malgré la mauvaise qualité de l'image, comment ne pas être impressionné : rapide, puissant, et cette présence...



jeudi 15 avril 2010

Karate traditionnel - Karate scolaire

Harry Cook, dans La Grande Histoire du Karate Shotokan, décrit la période charnière au cours de laquelle, à Okinawa au début du 20ème siècle, l'enseignement du karate fut modifié en profondeur :
"Itosu Senseï commença la pratique du karate dès son plus jeune âge. Il était d'une puissance remarquable et était passé maître dans l'art des atemi (science des points vitaux), ce qui le rendait probablement capable d'éliminer un adversaire d'un seul coup fatal. (...) Secrètement, il enseignait, chez lui, à quelques six ou sept adeptes. (...)"

"Plus tard, aux alentours de 1906, Itosu commença à enseigner son art, qui avait été mis au programme du Premier Lycée d'Okinawa et de l'Ecole Normale d'Okinawa. Ainsi, nous lui sommes redevables du développement du karate au Japon, base de lancement pour l'expansion planétaire qui allait suivre. (...)"

"A Okinawa, les jeunes découvraient de nouveaux sports comme le base-ball, le tennis,... mais aussi les arts martiaux japonais, comme le judo et le kendo. De nouveaux principes, qui puisaient leur source dans ces arts et dans les sports de compétition, commencèrent à modifier le karate indigène. En effet, la plupart des techniques les plus destructrices furent mises au ban; on les modifia. D'autre part, on créa les cinq kata Pinan. Itosu se mit à enseigner un karate différent. (...)

"Itosu Senseï enseignait le karate "moderne" à un public de futurs maîtres à l'école de la préfecture d'Okinawa. Hormis quelques experts éclairés, la plupart de ses élèves étaient convaincus de pratiquer le karate traditionnel. Voici l'origine d'un quiproquo qui s'est perpétué et que l'on connaît encore de nos jours. (...)

"La conséquence directe de l'introduction de ce "néo karate" dans les écoles fut qu'officiellement deux styles cohabitaient : le karate traditionnel, qui revendiquait ses origines chinoises, et le karate scolaire (...)."

Pratiquez-vous un karate traditionnel ... ou un karate scolaire ?


dimanche 4 avril 2010

Cerveau droit - cerveau gauche

Jill Bolte Taylor est une scientifique spécialisée dans l'étude du cerveau à Harvard.
Un matin, l'un des vaisseaux sanguins de l'hémisphère gauche de son cerveau explose. Elle observe alors les fonctions de son propre cerveau disparaître l'une après l'autre.
Et, dans un premier temps, elle fait l'expérience de la perception sans l'hémisphère gauche, celui de la rationalité :
"Notre hémisphère droit concerne le moment présent, tout ce qui est ici et maintenant. Il réfléchit en images et il apprend de façon dynamique grâce aux mouvements de notre corps. L'information se répartit simultanément sous forme d'énergie dans tous nos systèmes sensoriels. (...) Je suis une source d'énergie, connectée à l'énergie autour de moi grâce à la conscience de mon hémisphère droit. Nous sommes des sources d'énergie connectées les unes aux autres par la conscience de notre hémisphère droit et nous formons une grande famille."

Quel rapport avec la voie du budo ?
L'état d'esprit centré sur "l'ici et maintenant" (zanchin), l'apprentissage par le corps, la notion d'énergie, tout cela résonne de façon particulière pour des pratiquants de la voie martiale traditionnelle, voire se rapproche étonnament du message de paix universelle de Maître Ueshiba Morihei : "L’état d’âme de l’aïkidoka doit être paisible et totalement non violent. C’est-à-dire cet état d’âme spécial qui transforme la violence en un état d’harmonie. Et c’est, je pense, le véritable esprit des arts martiaux japonais".

Jill Bolte Taylor a passé huit ans à recouvrer ses capacités à penser, marcher et parler. Son récit est passionnant et se termine en nous questionnant : "qui choisissez-vous d'être ?"

Vous pouvez avoir des sous-titres.

dimanche 28 mars 2010

Zanshin

Maître Deshimaru Taisen, dans Zen et Arts Martiaux :
"Etre zanshin : voici un terme que l'on retrouve dans la pratique de l'escrime japonaise, le kendo. Zanshin est ce qui demeure, sans s'attacher, vigilant et détaché. Juste attentif à ce qui se passe, ici et maintenant. Peu à peu, cette attention s'applique à chacun des actes de notre vie. Dans l'esprit du Zen comme dans celui du Budo traditionnel, l'ensemble du comportement entre toujours en jeu."

L'une des difficultés de la voie du zen est que la pratique de la méditation peut dériver vers un simple rituel stérile, sans qu'aucune "alarme" ne viennent réveiller le pratiquant. Thomas Cleary l'indique en citant d'abord Shôsan Suzuki :
"Les exercices de développement mental visent à rendre votre esprit aussi fort que possible. Nos idées et nos sens conditionnés sont semblables à des brigands qui ont dérobé notre esprit originel - brigands qui naissent précisément de la faiblesse de nos pensées. En conséquence, vous devez rassembler toute votre énergie afin de surveiller attentivement votre propre esprit. D'une manière générale, les gens ne comprennent pas la "non-pensée" selon le Zen et se servent de ce concept pour accroître encore leur balourdise. C'est là une grave erreur, vous devez conserver un esprit fort."

Puis il poursuit :
"L'incompréhension de la "non-pensée" à laquelle Shôsan fait allusion semble avoir nui à nombre d'écoles zen à travers les siècles, de l'époque originelle jusqu'à nos jours. Et parfois nul esprit digne d'un Shôsan n'apparaît pour indiquer qu'il ne s'agit pas là du Zen authentique, et que les disciples prennent des vessies pour des lanternes." (Thomas Cleary, La voie du samouraï - Pratiques de la stratégie au Japon)

La pratique du budo donne des alarmes ou des signaux plus tangibles dans cette recherche de zanchin. En effet, plus vous êtes éloignés de la "non-pensée", plus votre esprit est lent et incapable d'agir face à l'adversaire. Ceux qui ont expérimenté ne serait-ce qu'une seule fois cet état de vigilance neutre et détachée en connaisse l'efficacité : les actions justes s'enchainent de façon fluide, guidées par les sensations, au moment juste.

Mais il existe en revanche des pièges propres à la pratique du budo : l'agressivité, le désir de "gagner", la peur, l'instinct de domination propre à tous les mamifères, pour le territoire ou pour la sélection du mâle reproducteur. Lors de stages de combat, ces manifestations de l'ego risquent d'amener les pratiquants, dès qu'ils portent un casque et un plastron, à se laisser envahir par l'agressivité (le côté obscur...) pour prendre possession de leur esprit comme les brigands de Shôsan.

"En franchissant le seuil de votre maison, un million d'ennemis vous guettent" (16ème kyokun ou précepte du karate martial). Un million d'ennemis, parmi lesquels les brigands de Shôsan...

Le Mont Fuji

L'essence des kata

Maître Deshimaru Taisen, dans Zen et Arts Martiaux :
"La vraie essence des kata se retrouve non dans les gestes eux-mêmes, mais dans la façon dont l'esprit les rend justes. On ne doit pas penser ; "je dois faire ce kata comme ci, comme ça...", mais exercer son esprit-corps à créer chaque fois un geste total, où tout le ki se retrouve en un instant.
Vivre le véritable esprit du geste : le kata, par l'entraînement, doit se confondre avec l'esprit. Plus l'esprit sera fort, plus le kata sera fort."

Un engagement total qu'on retrouve dans les écrits de Maître Funakoshi Gichin :
"Entraînez-vous corps et âme sans vous soucier de la théorie... La véritable pratique se passe de mots, il lui faut l'engagement total du corps. (...) Vous oublierez très vite ce que vous aurez appris oralement mais vous vous rappellerez pour le restant de vos jours ce que vous aurez appris avec tout votre corps." (Karate-do, ma Voie, ma Vie).

Les deux maîtres nous enseignent que cet engagement doit se retrouver dans tous les actes de la vie. Ainsi, Maître Funakoshi :
"Le Bouddhisme nous enseigne que le monde entier est un dojo et aucun de ceux qui veulent suivre la voie du karate ne doit l'oublier.(...) Nous accueillons habituellement nos amis par "bonjour" et quelques remarques sur le temps. Ce comportement est ordinaire et tout à fait machinal. Peut-être faudrait-il apprendre à donner un sens plus profond à ces marques de politesse dont on a évacué le contenu ?"

Et Maître Deshimaru, interrogé sur les "petits" gestes dans un dojo d'arts martiaux (ranger ses affaires, saluer en entrant,...) :
"Mais tous ces gestes sont des kata ! La façon de se comporter est kata. Quand on salue, il ne faut pas faire cela n'importe comment (...) (En un geste majestueux, Taisen Deshimaru se lève, et nous salue.) Ainsi vous témoignez tout le respect que vous avez pour vos adversaires, pour votre maître, pour le dojo, pour la vie ! (...) Ce n'est pas la statue en bois que je salue, mais tous ceux qui sont là avec moi, dans le dojo, et aussi le cosmos entier."
Calligraphie : Enso (cercle en japonais) symbolisant la vacuité dans le bouddhisme zen.

mardi 16 mars 2010

L'art de l'avantage

Thomas Cleary, dans "La voie du samouraï - Pratiques de la stratégie au Japon" :
"Chaque forme de la culture japonaise présente à la fois un aspect intérieur (ura) et un aspect extérieur (omote). En conséquence, la question de la "surface" se révèle aussi importante que celle de la substance dans les interactions sociales, économiques ou politiques. Au fond, tout objet que le Japon offre à la vue du monde extérieur, qu'il s'agisse du Zen, des arts martiaux ou de toute autre facette de sa civilisation, apparaît d'ordinaire sous sa forme la plus commerciale - ou la plus politique - , et rarement sous son aspect le plus authentique." ... "En tant qu'éléments d'une manoeuvre délibérément stratégique, les versions commercialisées ou politisées des formes culturelles que le Japon livre à l'Occident relèvent directement des catégories comportementales nipponnes dérivant de l'art de l'avantage cher aux anciens guerriers. La volonté de substituer clichés et lieux communs à une information authentique - pour ne rien dire de l'analyse critique - constitue en soi un "art de la guerre"."

Maître Henry Plée, qui fait référence à l'ouvrage de Thomas Cleary dans les Chroniques Martiales, en précise les conséquences dans le domaine des bujutsu :
"... aucun pratiquant d'art martial ne pourra progresser à un niveau élevé... s'il ne comprend pas, s'il ne conserve pas sans cesse à l'esprit que leurrer et mystifier est la base des arts martiaux. Par conséquent, la première tâche d'un pratiquant conscient est de redécouvrir ce qui a été caché dans la discipline qu'il pratique."

C'est certes très déroutant le jour où on en prend conscience, pourtant "on" avait été prévenu depuis longtemps - vingt-cinq siècles - par Sun Tzu dans "l'Art de la Guerre" :
"Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. C'est pourquoi, lorsque vous êtes capable, feignez l'incapacité; actif, la passivité. Proche, faites croire que vous êtes loin, et loin, que vous êtes proche. Appâtez l'ennemi pour le prendre au piège; simulez le désordre et frappez le."

Comment redécouvrir ce qui a été caché ? Bien choisir ses maîtres bien sûr, en évitant les "vulgarisations tapageuses", et chercher...
Maître Henry Plée nous donne une piste dans l'une de ses chroniques en citant Auguste Comte (l'un des fondateurs de la sociologie, 1798 - 1857) : "On ne connaît bien une science que quand on en connaît l'histoire."

L'illustration est une affiche du film "Kagemusha, l'ombre du guerrier" d'Akira Kurozawa, histoire d'une mystification : un chef de clan, mortellement blessé, ordonne à ses vassaux de dissimuler sa mort pendant une durée de trois ans. Son frère met la main sur un sosie parfait...

dimanche 7 mars 2010

Senpai et kohai, un mode de transmission

La relation entre le senpai (élève avancé, ancien, senior) et le kohai (jeune élève, junior) est traditionnelle dans la culture japonaise. En revanche, en occident, elle peut être mal comprise ou déformée.
Il s'agit en effet d'une relation verticale, le dojo n'étant pas une démocratie, mais cette hiérarchie n'est pas fondée sur un rapport de force (comme dans un groupe de mamifères supérieurs) mais sur un mode de transmission du savoir.

Maître Henry Plée l'explique dans les Chroniques Martiales :
"Les dan sont des grades de perfectionnement, tandis que les kyu sont considérés comme des grades d'étude ou d'étudiant. Pour cette raison, au Japon, dans le système dan-kyu, les pratiquants se désignent souvent entre eux, lorsqu'ils veulent être courtois : "ko-hai" ("junior" pour les kyu) et "sen-pai" ("senior" pour les dan). Mais le système des kohai et senpai est plus complexe. Traditionnellement le kohai appellera toute sa vie "Senpai" le senior ayant commencé la pratique avant lui, même (et surtout) si le "junior" en question arrive à un haut dan, alors que le senior stagne à un dan inférieur. Par cette forme de courtoisie, très extrême-orientale et dans le cadre du respect (et du culte) des ancêtres, le junior remercie le senior de lui avoir permis de progresser en le précédant : "Sans les seniors du passé, mon art martial aurait disparu, sans mes partenaires seniors, je n'aurais pu arriver à mon dan, je leur dois respect et infinie reconnaissance"."

Le senpai est donc un passeur, un maillon dans la chaîne de transmission. Peu importe l'évolution de leurs niveaux respectifs, le senpai restera à jamais pour le kohai celui qui a contribué à son enseignement, même indirectement par sa seule implication dans la vie du dojo. Cela exclut tout comportement dicté par l'ego, de type dominant dominé, comme on peut en voir dans les groupes de mamifères,... et dans les dojos qui ont abandonné ces valeurs traditionnelles.

Maître Funakoshi Gishin, dans "Karate-do ma Voie, ma Vie", met en garde :
"Certains débutants deviendront de meilleurs karateka que leur professeur. Or j'entends les enseignants qualifier trop fréquemment les pratiquants de Oshiego, élève, de Montei, partisan, de Deshi, disciple, ou encore de Kohai, jeune. Je pense qu'il conviendrait d'éviter un tel vocabulaire qui sera désuet le jour où l'élève aura dépassé le maître. L'enseignant risque de tomber dans l'orgueil et d'oublier que le jeune homme auquel il s'adresse avec arrogance non seulement le rattrapera mais le dépassera dans l'art du karate ou dans d'autres domaines de l'existence".

Shoshin, l'esprit et le coeur du débutant

Humilité, capacité à apprendre des autres, à faire confiance, à répéter l'exemple des anciens avec ferveur, Shoshin, l'esprit du débutant, c'est finalement la capacité à sortir de soi pour progresser.
"Tant que vous ne pouvez aller au-delà de la montagne, il vous est impossible d'atteindre le chemin". Wei-Kuan.
Shoshin est aussi une attitude permettant d'éviter les obstacles que sont l'avidité pour les résultats ou l'avidité pour la reconnaissance.
Laurent Strim, moine zen, explique dans l'émission "sagesses bouddhistes" sur france 2 pourquoi Shoshin est une clé de la progression. Son propos concerne la voie du zen, mais il s'applique parfaitement à la voie martiale.


mercredi 3 mars 2010

Séminaire de démystification martiale de Maître Henry Plée

Le séminaire de démystification martiale est enfin disponible en dvd.

En 1994, Maître Henry Plée avait sélectionné une centaine de candidats pour une série de huit séminaires de démystification et d'initiation à des techniques okuden, dans le dojo historique de la Montagne Sainte Geneviève.

Trois de ces séminaires avaient été divulgués en cassettes vhs, toutes épuisées depuis plusieurs années. Le premier est enfin édité en dvd.

mercredi 30 décembre 2009

La vulgarisation tapageuse, dénoncée par Musashi (déjà !)


En relisant "La voie du samouraï, pratiques de la stratégie au Japon" de Thomas Cleary, je m'arrête sur une citation du fameux Traité des Cinq Roues de Miyamoto Musahi : "A considérer la société, il me semble que les gens transforment les arts en produits commerciaux. Au fond, ils se considèrent eux-mêmes comme des marchandises, et, s'ils fabriquent des outils, c'est uniquement pour leur valeur. Pareille attitude me fait songer à la différence existant entre les fleurs et les graines : les premières sont devenues plus nombreuses que les secondes - autrement dit, l'ornementation l'emporte sur la réalité. Dans les arts martiaux, tout particulièrement, il existe une grande part de mise en scène et de vulgarisation tapageuse. Quel en est le résultat ? Pour reprendre les dires d'un adepte, "une tactique non mûrie est à l'origine de sérieuses blessures"."

Etonnant, non ? En 1644, déjà !...

mardi 29 décembre 2009

Vos qualités et les défauts des autres...


Trois phrases de Maître Funakoshi Gichin extraites de "Karate-do, ma voie, ma vie" : elles semblent anodines, et pourtant, les appliquer au dojo et dans la vie est une source de progrès extraordinaire...

"Evitez de vous tromper sur vous-même et adoptez le savoir-faire de vos camarades. Quand vous remarquez des points forts chez d'autres pratiquants, essayez de les incorporer à votre propre technique. Et si le débutant que vous observez semble travailler en-dessous de ses possibilités, demandez-vous si vous-même ne manquez pas de sérieux dans votre pratique."

Histoire de sagesse transmise par Maître Henry Plée


Une histoire de sagesse transmise par Maître Henry Plée dans l'une de ses chroniques.

Un maître de sagesse fût invité à dispenser un cours sur "la planification efficace de son temps" à un parterre de cadres dirigeants de sociétés internationales.
Après avoir regardé un par un les membres de son auditoire, le maître de sagesse commença son intervention en leur disant : "nous allons réaliser une expérience."
Le maître dévoila alors un pot en verre d'environ 5 litres et le posa devant lui. Puis il sortit de sous la table une douzaine de cailloux, tous d'un volume comparable à celui d'une balle de tennis, et les plaça délicatement dans le pot de verre.
Lorsque le pot fût rempli à ras bord et qu'il était manifestement impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva les yeux vers son auditoire et leur demanda : "est-ce que le pot est plein ?"
Tous répondirent par l'affirmative.
Le maître attendit quelques instants et ajouta : "vraiment ?"
Il se pencha alors et sortit de sous la table un sac rempli de gravier qu'il ouvrit et versa minutieusement sur les gros cailloux. Il secoua le pot pour que le gravier descende au fond du pot, entre les gros cailloux, et versa le gravier jusqu'à ras bord.
Le maître leva les yeux vers son auditoire et demanda à nouveau : "est-ce que le pot est plein ?"
Cette fois-ci, les brillants élèves commençaient à comprendre au ton du maître que ce n'était pas certain et l'un d'entre eux se risqua à dire timidement : "probablement pas..."
"Bien" répondit le maître. Il se pencha à nouveau, exhiba un sac de sable fin qu'il versa dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier.
Une fois de plus, le maître demanda : "est-ce que le pot est plein ?"
Echaudés, les élèves répondirent non, en choeur et sans hésiter. "Bien" ajouta le maître. Et comme s'y attendaient ses brillants élèves, il prit le pichet d'eau qui se trouvait sur la table et remplit le pot jusqu'à ras bord.
Puis il leva les yeux vers le groupe et demanda : "quelle grande vérité nous démontre cette expérience ?"
Un audacieux, se souvenant du sujet de l'intervention, répondit : "cela démontre que, même lorsque notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut encore ajouter des choses à faire."

"Non," répondit le maître, "ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous par la suite."

Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ces propos.

Le maître leur dit alors : "quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Est-ce votre santé ? Votre famille ? Vos amis ? Réaliser vos rêves ? Apprendre ? Faire carrière ? Vous relaxer ? Prendre votre temps ? Autre chose ?"
"Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de mettre nos gros cailloux en premier dans notre vie, sinon nous risquons de ne pas la réussir. Si nous donnons la priorité aux petites choses (le gravier, le sable), nous remplirons notre vie de petites choses et nous n'aurons plus assez de temps à consacrer aux éléments importants de notre vie."
"Alors n'oubliez jamais de vous poser la question : quels sont les gros cailloux dans ma vie ? Ensuite mettez-les en premier dans votre pot, votre vie."

Le maître de sagesse salua son auditoire et quitta la salle étrangement silencieuse.