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jeudi 11 novembre 2010

L'âme du Samouraï - Thomas Cleary

"Un moine interroge un ancien : "Qu'est-ce que la Voie?", lui demande-t-il. "La Voie est l'esprit normal" lui répond l'Ancien.
Le principe de cette histoire s'applique à tous les arts. Quand on lui demande ce qu'est la Voie, l'ancien répond que c'est l'esprit normal, autrement dit cet état suprême au sein duquel toute névrose s'est évanouie et l'esprit a recouvré sa normalité, libre de toute névrose, même au milieu des névroses.
En appliquant ce précepte au tir à l'arc, si vous pensez à votre tir au moment de viser, votre tir sera instable et votre flèche manquera la cible. Si vous êtes conscient que vous êtes en train de calligraphier pendant que vous calligraphiez, votre pinceau tremblera. Si vous êtes conscient de jouer de la harpe au moment de jouer, vous jouerez faux.
Si un archer oublie qu'il se prépare à tirer et conserve un état d'esprit normal, comme il ne fait rien de spécial, son arc restera stable. Que vous teniez un sabre ou montiez à cheval, c'est la même chose : ne "tenez pas le sabre", ne "montez pas à cheval", ne "calligraphiez pas" et ne "jouez pas de musique" non plus. Si vous faites ce que vous avez à faire avec un esprit normal, comme si vous ne faisiez rien, tout deviendra facile et harmonieux.
Quelle que soit l'activité que vous considérez comme étant votre voie, si vous en faites une obsession, elle cesse d'être une Voie. Si votre coeur est libre de tout attachement, alors, vous êtes sur la Voie. Quoi que vous fassiez, si vous le faites d'un coeur libre et léger, votre tâche en sera facilitée."


Extrait de l'ouvrage de Thomas Cleary L'âme du Samouraï, qui traduit et commente trois classiques japonais du Bushido et du Zen du 17ème siècle : Arts martiaux : le livre des traditions familiales de Yagyû Munenori, L'insondable subtilité de la sagesse immuable et Tai-A Ki ou Réflexions sur le sabre incomparable, de Takuan Sôhô.
Yagyû Munenori (1571 - 1646) était le maître d'armes et le chef de la police secrète du shôgun. Takuan Sôhô (1573 - 1645) était le maître zen de l'empereur.

jeudi 13 mai 2010

La Cible en Soi - Kyudo

"Tokyo, avril 1963. Le palais de Sa Majesté l'Empereur Hirohito. Pour la première fois, une caméra pénètre dans le stand des archers de la garde impériale, mais ici, la pratique du tir à l'arc n'est pas un sport, dont l'objectif mesquin serait de toucher la cible. L'art chevaleresque du tir à l'arc est une cérémonie qui interprète la grande doctrine, le Zen. Le maître archer Suzuki démontre le rituel de cet art sans art. Dans la pratique Zen, le tir à l'arc est un exercice spirituel qui permet à l'homme de livrer un combat profond et à longue portée contre lui-même."
La Cible en Soi, film de Jean-Jacques Lagrange. Un document historique, filmé par un grand réalisateur.

dimanche 28 mars 2010

Zanshin

Maître Deshimaru Taisen, dans Zen et Arts Martiaux :
"Etre zanshin : voici un terme que l'on retrouve dans la pratique de l'escrime japonaise, le kendo. Zanshin est ce qui demeure, sans s'attacher, vigilant et détaché. Juste attentif à ce qui se passe, ici et maintenant. Peu à peu, cette attention s'applique à chacun des actes de notre vie. Dans l'esprit du Zen comme dans celui du Budo traditionnel, l'ensemble du comportement entre toujours en jeu."

L'une des difficultés de la voie du zen est que la pratique de la méditation peut dériver vers un simple rituel stérile, sans qu'aucune "alarme" ne viennent réveiller le pratiquant. Thomas Cleary l'indique en citant d'abord Shôsan Suzuki :
"Les exercices de développement mental visent à rendre votre esprit aussi fort que possible. Nos idées et nos sens conditionnés sont semblables à des brigands qui ont dérobé notre esprit originel - brigands qui naissent précisément de la faiblesse de nos pensées. En conséquence, vous devez rassembler toute votre énergie afin de surveiller attentivement votre propre esprit. D'une manière générale, les gens ne comprennent pas la "non-pensée" selon le Zen et se servent de ce concept pour accroître encore leur balourdise. C'est là une grave erreur, vous devez conserver un esprit fort."

Puis il poursuit :
"L'incompréhension de la "non-pensée" à laquelle Shôsan fait allusion semble avoir nui à nombre d'écoles zen à travers les siècles, de l'époque originelle jusqu'à nos jours. Et parfois nul esprit digne d'un Shôsan n'apparaît pour indiquer qu'il ne s'agit pas là du Zen authentique, et que les disciples prennent des vessies pour des lanternes." (Thomas Cleary, La voie du samouraï - Pratiques de la stratégie au Japon)

La pratique du budo donne des alarmes ou des signaux plus tangibles dans cette recherche de zanchin. En effet, plus vous êtes éloignés de la "non-pensée", plus votre esprit est lent et incapable d'agir face à l'adversaire. Ceux qui ont expérimenté ne serait-ce qu'une seule fois cet état de vigilance neutre et détachée en connaisse l'efficacité : les actions justes s'enchainent de façon fluide, guidées par les sensations, au moment juste.

Mais il existe en revanche des pièges propres à la pratique du budo : l'agressivité, le désir de "gagner", la peur, l'instinct de domination propre à tous les mamifères, pour le territoire ou pour la sélection du mâle reproducteur. Lors de stages de combat, ces manifestations de l'ego risquent d'amener les pratiquants, dès qu'ils portent un casque et un plastron, à se laisser envahir par l'agressivité (le côté obscur...) pour prendre possession de leur esprit comme les brigands de Shôsan.

"En franchissant le seuil de votre maison, un million d'ennemis vous guettent" (16ème kyokun ou précepte du karate martial). Un million d'ennemis, parmi lesquels les brigands de Shôsan...

Le Mont Fuji

dimanche 7 mars 2010

Shoshin, l'esprit et le coeur du débutant

Humilité, capacité à apprendre des autres, à faire confiance, à répéter l'exemple des anciens avec ferveur, Shoshin, l'esprit du débutant, c'est finalement la capacité à sortir de soi pour progresser.
"Tant que vous ne pouvez aller au-delà de la montagne, il vous est impossible d'atteindre le chemin". Wei-Kuan.
Shoshin est aussi une attitude permettant d'éviter les obstacles que sont l'avidité pour les résultats ou l'avidité pour la reconnaissance.
Laurent Strim, moine zen, explique dans l'émission "sagesses bouddhistes" sur france 2 pourquoi Shoshin est une clé de la progression. Son propos concerne la voie du zen, mais il s'applique parfaitement à la voie martiale.