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dimanche 26 décembre 2010

Kyokun - Karate jutsu ni sente nashi - 3

Maître Kase Taiji donne une autre interprétation du second kyokun, lors d'une interview publiée par le magazine Budo International en juillet 2000 :

"Mon conseil pour les pratiquants de Karate-do est très simple: il faut bien faire attention à ce qu'a dit Gichin Funakoshi “Karate ni sente nashi” (en Karaté il n'existe pas de première attaque). Il faut comprendre ce concept de manière très profonde. Aussi bien au niveau mental qu'au niveau technique. Il faut faire en sorte que l'agresseur possible comprenne mentalement qu'il vaut mieux pour lui ne pas attaquer, qu'il le sente et qu'il l'accepte. C'est là le véritable sens de la maxime “Karate ni sente nashi ”: que l'adversaire renonce à sa première attaque et qu'ainsi l'agression ne se produise pas."

Kyokun - Karate jutsu ni sente nashi - 2

La contradiction apparente entre les termes de Maître Funakoshi Gichin "le caractère essentiellement défensif du karate" et "on ne doit jamais l'utiliser à des fins offensives" ouvre la porte à un autre niveau d'interprétation que Maître Roland Habersetzer, toujours dans son encyclopédie, introduit ainsi : "Le premier mouvement, et même si de l'extérieur il peut être perçu comme une initiative d'attaque, doit être conçu comme une défense."

Maître Henry Plée, dans ses chroniques, nous éclaire sur différents niveaux d'interprétation du kyokun et apporte en même temps une explication à l'avertissement "Il nous fait courir un danger mortel" de Maître Funakoshi Gichin à propos d'un comportement agressif :
"Au 1er niveau, "Il n'y a pas de première attaque en combat guerrier réel" sera inévitablement compris par Monsieur-tout-le-monde "Il ne faut pas attaquer le premier". Ceci parce que tout le monde est convaincu que "Celui qui attaque le premier gagne !". Ce qui n'est pas faux. Cette stratégie peut être valable dans certains cas... si l'adversaire est naïf ou aveuglé par sa vanité. (...)
Le 2ème niveau enseigne exactement l'inverse du premier niveau, (...) attaquer le premier ne fonctionne que si l'adversaire nous est inférieur. S'il nous est supérieur techniquement (mais inférieur mentalement) nous n'aurons une chance de "l'éliminer" qu'en attendant l'instant précis où il se décidera à attaquer, ce qui provoque inévitablement une opportunité que nous pouvons exploiter.
On ne peut toucher (ou couper) qu'à la distance ou l'adversaire peut également nous toucher (ou nous couper). On ne peut attaquer le premier que si l'on pense avoir une chance d'éliminer l'adversaire, et cette pensée est forcément accompagnée d'une certaine déconcentration et d'une certaine satisfaction anticipée. En effet, l'esprit ne peut décider qu'une seule chose à la fois : attaquer OU parer.
Le second niveau dit, en quelque sorte "attendez sans idée préconçue que votre adversaire se décide à faire la première attaque, et attaquez immédiatement dans l'ouverture ainsi créée".
Ce qui est également en accord avec le précepte du Heiho Kadensho (des années 1600), qui dit : "attaquer sans que l'ennemi ait décidé d'attaquer augmente considérablement les risques de défaite" et qui ajoute "mettez-vous à la distance (ma) où l'ennemi ne pourra pas toucher votre corps, mais à la distance où vous pourrez tirer avantage de sa première attaque infructueuse, qui deviendra ainsi mortelle pour lui, car il vous suffira d'avancer de toute votre âme, sans réserve et sans peur, pour le défaire immédiatement".

samedi 25 décembre 2010

Kyokun - Karate jutsu ni sente nashi - 1

"Il n'y a pas de première attaque en karate jutsu."

Les vingt karate jutsu niju kyokun
Maître Roland Habersetzer, dans son encyclopédie des arts martiaux, donne les éléments de définition et de première interprétation de ce kyokun :
"Deuxième des vingt règles de Funakoshi Gichin, l'une des plus célèbres, gravée sur la pierre de son mémorial élevé au temple Enkakuji de Kamakura. "Il n'y a pas de premier mouvement (attaque) en karate". Cette sentence (Kaisetsu) résume toute l'attitude qui doit être à la base de la pratique du karate, comme des arts martiaux (Budo) en général."

Maître Funakoshi Gichin insiste sur cette notion dans son livre Karate-do Ma Voie Ma Vie :
"J'ai toujours insisté, dans mon enseignement, sur le caractère essentiellement défensif du karate. On ne doit jamais l'utiliser à des fins offensives. "Faites attention à vos paroles", ai-je écrit dans un de mes premiers livres, "car si vous êtes vantard, vous vous créerez un grand nombre d'ennemis. N'oubliez jamais le vieux dicton selon lequel une forte bourrasque peut déraciner un gros arbre tandis que le saule plie et laisse passer l'assaut du vent. Les vertus cardinales du karate sont prudence et humilité". Voilà pourquoi j'enseigne à mes élèves de toujours être en alerte mais jamais agressifs. (...) Quelques uns des plus jeunes, je dois le dire, ne comprennent pas mon attitude : ils sont persuadés que le karate doit être employé quand les circonstances l'exigent. J'essaie de leur faire remarquer que c'est là mépriser totalement le vrai sens du karate. Ce n'est pas un simple jeu. Il nous fait courir un danger mortel. Pouvons-nous nous permettre de risquer sans réfléchir une vie déjà si courte ?"

Les précisions du Maître démontrent que ce kyokun est loin d'être un précepte pacifiste, mais qu'il doit se comprendre dans un sens de recherche d'efficacité ("toujours être en alerte"), dans un contexte qui n'est pas celui du karate-sport ("ce n'est pas un simple jeu"), mais bien celui de la préservation de la vie.
On retrouve cette notion de préservation de la vie, sans pacifisme, dans Le Livre des Traditions Familiales de Yagyû Munenori (1571 - 1646), maître d'armes du shogun, qui commence par la citation d'un dicton inspiré du Tao-Te Ching : "Selon un ancien dicton, "les armes sont des instruments maléfiques, que méprise la Voie de la nature : d'après la Voie de la nature, on ne doit en user que quand on ne peut l'éviter". (...) Pourquoi les armes sont-elles des instruments maléfiques ? Parce que la Voie de la nature est le Tao, qui donne la vie aux êtres; par conséquent, un instrument qui sert à tuer ne peut être que maléfique."

Aucun idéalisme pacifiste en effet lorsqu'on lit la suite :
"Toutefois, il est dit aussi que l'usage des armes pour tuer - du moins quand c'est inévitable - fait aussi partie de la Voie de la nature. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les fleurs s'épanouissent et la verdure prolifère quand souffle la brise printanière; mais à l'apparition des gelées d'automne, invariablement, les feuilles tombent et les arbres s'étiolent. C'est la loi de la nature. Il peut donc se présenter un moment où il faut abattre ce qui doit l'être. Certains profitent des évènements pour commettre le mal. Quand le mal se manifeste, il faut le combattre. C'est pourquoi il est dit que l'emploi des armes fait aussi partie de la Voie de la nature."

L'Ame du Samouraï de Thomas Cleary : une traduction contemporaine de trois classiques du Zen et du Bushido, dont Le Livre des Traditions Familiales de Yagyû Munenori.


vendredi 9 juillet 2010

Les vingt kyokun

"En janvier 1939 fut créé le premier dôjô japonais de karate-dô à Zoshigaya, quartier de Meijuro à Tokyo. Il fut baptisé Shôtôkan du karate-dô japonais. Shôtô - dont la signification littérale est le "bruissement des pins dans le vent" - était en fait le pseudonyme du poète Gichin Funakoshi qui, dans sa jeunesse, n'aimait rien autant qu'une promenade dans les forêts de pins d'Okinawa (son île natale) pour y écouter le bruissement que le vent produisait dans les branches.
Le premier des vingt préceptes stipule : "n'oubliez pas que le karate-dô commence et s'achève par un rei". Concrètement, cela revient à dire que chaque session d'entraînement s'ouvre et se clôture par une inclinaison du buste en signe de salut, un rei. Cependant, au sens figuré, cette consigne suggère que le karateka doit respecter fidèlement les convenances propres à l'étiquette de sa discipline en se montrant courtois et en adoptant un comportement qui sied à la situation du moment. L'acceptation du terme rei, loin de se limiter au simple salut physique inclut une définition au sens large : même hors du dôjô, le karateka doit accueillir ses connaissances avec une sincère courtoisie et conformer chacun des aspects de sa vie aux exigences du concept fondamental qu'est le respect d'autrui. Plus longtemps vous étudierez le karate, plus naturellement vous accorderez de l'importance à l'étiquette et au respect qui y sont inhérents."
Extrait de l'épilogue, signé Jotoro Takagi (Président de la Japan Karate-do Shotokai et Directeur du Shotokan), de l'ouvrage "Les 20 préceptes directeurs du karate-dô, le leg spirituel du Maître Gichin Funakoshi, commenté par Genwa Nakasone".

dimanche 28 mars 2010

Zanshin

Maître Deshimaru Taisen, dans Zen et Arts Martiaux :
"Etre zanshin : voici un terme que l'on retrouve dans la pratique de l'escrime japonaise, le kendo. Zanshin est ce qui demeure, sans s'attacher, vigilant et détaché. Juste attentif à ce qui se passe, ici et maintenant. Peu à peu, cette attention s'applique à chacun des actes de notre vie. Dans l'esprit du Zen comme dans celui du Budo traditionnel, l'ensemble du comportement entre toujours en jeu."

L'une des difficultés de la voie du zen est que la pratique de la méditation peut dériver vers un simple rituel stérile, sans qu'aucune "alarme" ne viennent réveiller le pratiquant. Thomas Cleary l'indique en citant d'abord Shôsan Suzuki :
"Les exercices de développement mental visent à rendre votre esprit aussi fort que possible. Nos idées et nos sens conditionnés sont semblables à des brigands qui ont dérobé notre esprit originel - brigands qui naissent précisément de la faiblesse de nos pensées. En conséquence, vous devez rassembler toute votre énergie afin de surveiller attentivement votre propre esprit. D'une manière générale, les gens ne comprennent pas la "non-pensée" selon le Zen et se servent de ce concept pour accroître encore leur balourdise. C'est là une grave erreur, vous devez conserver un esprit fort."

Puis il poursuit :
"L'incompréhension de la "non-pensée" à laquelle Shôsan fait allusion semble avoir nui à nombre d'écoles zen à travers les siècles, de l'époque originelle jusqu'à nos jours. Et parfois nul esprit digne d'un Shôsan n'apparaît pour indiquer qu'il ne s'agit pas là du Zen authentique, et que les disciples prennent des vessies pour des lanternes." (Thomas Cleary, La voie du samouraï - Pratiques de la stratégie au Japon)

La pratique du budo donne des alarmes ou des signaux plus tangibles dans cette recherche de zanchin. En effet, plus vous êtes éloignés de la "non-pensée", plus votre esprit est lent et incapable d'agir face à l'adversaire. Ceux qui ont expérimenté ne serait-ce qu'une seule fois cet état de vigilance neutre et détachée en connaisse l'efficacité : les actions justes s'enchainent de façon fluide, guidées par les sensations, au moment juste.

Mais il existe en revanche des pièges propres à la pratique du budo : l'agressivité, le désir de "gagner", la peur, l'instinct de domination propre à tous les mamifères, pour le territoire ou pour la sélection du mâle reproducteur. Lors de stages de combat, ces manifestations de l'ego risquent d'amener les pratiquants, dès qu'ils portent un casque et un plastron, à se laisser envahir par l'agressivité (le côté obscur...) pour prendre possession de leur esprit comme les brigands de Shôsan.

"En franchissant le seuil de votre maison, un million d'ennemis vous guettent" (16ème kyokun ou précepte du karate martial). Un million d'ennemis, parmi lesquels les brigands de Shôsan...

Le Mont Fuji