dimanche 28 mars 2010

Zanshin

Maître Deshimaru Taisen, dans Zen et Arts Martiaux :
"Etre zanshin : voici un terme que l'on retrouve dans la pratique de l'escrime japonaise, le kendo. Zanshin est ce qui demeure, sans s'attacher, vigilant et détaché. Juste attentif à ce qui se passe, ici et maintenant. Peu à peu, cette attention s'applique à chacun des actes de notre vie. Dans l'esprit du Zen comme dans celui du Budo traditionnel, l'ensemble du comportement entre toujours en jeu."

L'une des difficultés de la voie du zen est que la pratique de la méditation peut dériver vers un simple rituel stérile, sans qu'aucune "alarme" ne viennent réveiller le pratiquant. Thomas Cleary l'indique en citant d'abord Shôsan Suzuki :
"Les exercices de développement mental visent à rendre votre esprit aussi fort que possible. Nos idées et nos sens conditionnés sont semblables à des brigands qui ont dérobé notre esprit originel - brigands qui naissent précisément de la faiblesse de nos pensées. En conséquence, vous devez rassembler toute votre énergie afin de surveiller attentivement votre propre esprit. D'une manière générale, les gens ne comprennent pas la "non-pensée" selon le Zen et se servent de ce concept pour accroître encore leur balourdise. C'est là une grave erreur, vous devez conserver un esprit fort."

Puis il poursuit :
"L'incompréhension de la "non-pensée" à laquelle Shôsan fait allusion semble avoir nui à nombre d'écoles zen à travers les siècles, de l'époque originelle jusqu'à nos jours. Et parfois nul esprit digne d'un Shôsan n'apparaît pour indiquer qu'il ne s'agit pas là du Zen authentique, et que les disciples prennent des vessies pour des lanternes." (Thomas Cleary, La voie du samouraï - Pratiques de la stratégie au Japon)

La pratique du budo donne des alarmes ou des signaux plus tangibles dans cette recherche de zanchin. En effet, plus vous êtes éloignés de la "non-pensée", plus votre esprit est lent et incapable d'agir face à l'adversaire. Ceux qui ont expérimenté ne serait-ce qu'une seule fois cet état de vigilance neutre et détachée en connaisse l'efficacité : les actions justes s'enchainent de façon fluide, guidées par les sensations, au moment juste.

Mais il existe en revanche des pièges propres à la pratique du budo : l'agressivité, le désir de "gagner", la peur, l'instinct de domination propre à tous les mamifères, pour le territoire ou pour la sélection du mâle reproducteur. Lors de stages de combat, ces manifestations de l'ego risquent d'amener les pratiquants, dès qu'ils portent un casque et un plastron, à se laisser envahir par l'agressivité (le côté obscur...) pour prendre possession de leur esprit comme les brigands de Shôsan.

"En franchissant le seuil de votre maison, un million d'ennemis vous guettent" (16ème kyokun ou précepte du karate martial). Un million d'ennemis, parmi lesquels les brigands de Shôsan...

Le Mont Fuji

3 commentaires:

  1. La vérité sur le Kohai à l'usage des Sempai :

    - "La vraie essence des Katas..." est un superbe texte... à l'usage des Sempai...
    Mais le Kohai, comment fait-il pour ressentir des sensations qu'il ne connait pas ?

    - "Plus l'esprit sera fort..."
    Le Kohai n'a pas un esprit fort... Comment fait-il ?

    - "Entrainez-vous corps et âmes sans vous soucier de la théorie..."
    Le Kohai, s'il n'a pas la théorie à laquelle se raccrocher, que lui reste-t-il ?

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    Petite histoire de bébé-Kohai à l'usage des Sempai qui ont oublié :

    - Vous allez donner un coup de poing dans le visage de votre adversaire, qui se trouve en face de vous... [stoppez votre attaque juste avant de le toucher...]

    Le Kohai s'exécute... "Envoie son poing" à côté du bas-ventre de son "adversaire", en tournant la tête de côté... En position arrière, de travers...

    Des fois, le Kohai s'exécute comme convenu en bon élève, mais intérieurement il fait comme le Kohai ci-dessus mentionné...

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  2. Erreur, le commentaire ci-dessus concerne "L'essence des Katas", il est à nouveau publié dans le chapitre concerné.
    Merci.

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  3. "Que la montagne est belle..." Chantait Jean Ferrat...

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    En Espagnol, il y a deux mots qui décrivent cet état de "non-pensée"... et qui sont "intraduisibles"...

    Faites l'expérience...
    Demandez à un Espagnol de vous traduire en Français :
    - Que veut dire : avoir le "sitio" ?
    - Que veut dire : avoir le "duende" ?
    Il tentera une traduction, et vous comprendrez cette sensation de "non-pensée".

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